Les aventures de Proutchev ... | |
Le Codex Gigas
Salut les gens
Alors que je vous raconte mon week-end. Il devait y avoir deux manifestations qui promettaient d’étre importantes : l’une c’était contre le bouclier anti-missiles américain et l’autre c’étaient des nazis qui manifestaient pour la liberté d’expression. Petit rappel d’actualité, il y a 10 jours les nazis ont voulu manifester, en passant dans le quartier juif, le 9 novembre officiellement contre la présence américaine en Irak et les autorités avaient autorisé la manifestation. Bah oui, les autorités autorisent, sinon ce ne serait plus des autorités mais des refusités. Mais une fois que les autorités ont autorisé la manifestations (et hop que je te recase deux « autorités » de plus), ils se sont rappelés leurs cours d’histoire : « mince, le 9 novembre c’était la nuit de Crystal en Allemagne. (la nuit de Crystal est la nuit où en 1938, les allemands anti-sémites (je précise car il y avait des allemands pas nazis) ont fait un pogrom anti-juif à travers l’Allemagne, faisant plus de 400 morts et détruisant 267 synagogues). Bref, les autorités qui se sont rendues compte de leur boulette ont fait appel aux interdités pour interdire la manifestation (trois départements différents pour une méme décision, on comprend que les administrations soient lentes). Mais les nazis ont manifesté quand même et se sont faits salement réprimandés. Les images à la télé étaient impressionnantes, y’avait du sang partout. Donc le week-end dernier, ils ont voulu re-manifester pour la liberté d’expression. Le comble quoi.
C'est dans ce contexte politico-social tendu que ce week-end un ami et moi avons fait une petite virée culturelle. Nous sommes allés voir l’exposition qui fait fureur en ce moment (contrairement à la manif nazie qui elle n’a pas fait führer) : l’exposition du Codex Gigas, communément appelé la Bible du Dable, au Clementinum l’ancien collége Jésuite de Prague. Cet ouvrage, en plus d’étre le plus gros manuscrit du monde, est très important pour les tchèques et son exposition est très prisée. Je vais vous raconter pourquoi : Nous sommes au 13ème après Jean-Claude, euh après … JC … Jésus-Christ. Bref on est au Moyen-Age y’a longtemps au monastère de Podlžice au centre de l’actuelle Répblique Tchèque ou un moine est condamné à être emmuré vif. Ne voulant pas être emmuré vif, il se propose la veille de sa sentence d’écrire avant minuit une vachement grosse Bible pour expier ses pêchés : « ma parole comment elle sera trop grosse ! tellement qu’on l’exposera à Prague et qu’elle fera resplendir toute la gloire de notre monastère). Donc pour ce faire, il se sermonne à se taire au monastére pour écrire le plus vite possible. Malheureusement le temps avance, on est bientôt minuit et il commence à douter de pouvoir finir dans les délais. Allez coco, du nerf plus que 500 pages ! oublie ta crampe de poignet et écris. Courage… 23h30 Non tu iras faire pipi plus tard, ta vie en dépend ! … plus que 428 pages … Mais à 23h56 et 27 secondes, il se rend compte qu’il n’y arrivera pas et invoque le diable pour qu’il lui vienne en aide. Le diable qui s’ennuyait un peu dans son sauna souterrain fut ravi de pouvoir prendre l’air frais et d'aller aider ce moine. Mais à une condition. Il ne demanda pas un arrosoir ou un shraberey (je chercherai l’orthographe exacte), non non il demanda plus simple. Il demanda juste à avoir sa photo dans le livre. Le moine haut de sa peur répondit que oui que oui (moineau cui cui). Bah ouais il avait peur le moine, attends, le diable il est trop flippant quoi. Cett jolie légende se serait passée vers l’an 1229. L’Histoire ne raconte pas si le moine s’est fait emmuré au final ou quoi car toute trace a été effacée sur son existence. Moi je dis : y’a du complôt. Bref ensuite ce manuscrit fut mis en gage au couvent ces Cisterciens à Sedlec, prés de Kutna Hora (là où il y a plein d’os). Ensuite, comme c’est un beau livre mine de rien, le Codex Gigas fut acheté par l’Abbé Karel Bavor du couvent des Bénédictins (ils fabriquaient de la mayonnaise ?) de Prechnov a Prague. La, la Bible du Diable commença à intéresser l’évêque Grégoire et plein d’autres savants.
Mais en mai 1420, les hussites suscitent la guerre et détruisent le couvent en un coup de vent obligeant les moines à se réfugier dans le couvent fortifié de Broumov en prenant soin d’emporter des objets de valeur, notamment la grosse Bible. Plus tard en 1594, le Codex Gigas rejoignit les célébres collections de l’Empereur Rodolphe II au château de Prague (ah ce Rocco). Hélas, à la fin de la guerre de 30 ans (petits joueurs), la Bible fut emportée en 1648 par les troupes suédoises en tant que trésor de guerre. Voila pour la petite histoire, maintenant essayons d’être un peu plus sérieux et tâchons d’oublier cet humour vaseux. Concrétement, ce livre est une merveille de par sa taille et son contenu, ce qui lui vaut d’étre considéré comme la 8ème merveille du monde du Moyen-Age parce que :
Vous l’aurez compris, il n’est pas évident comme livre de chevet : « Chérie tu peux m’aider ? je tourne une page ». Mais ce qui entoure ce livre de mystére, c’est la qualité de l’écriture manuscrite. Habituellement, toute personne normalement constituée se fatigue lorsqu’elle écrit et cela se ressent sur sa facon d’écrire. Par exemple, comparez votre écriture au début d’un amphi de maths et à la fin … Et bien dans le Codex Gigas, l’écriture ne change pas, elle reste la méme du début à la fin, aucun signe de fatigue n’est un tant soit peu visible. L’analyse de l’écriture montre que ce manuscrit est le travail d’un seul et même homme. Sachez que l’on estime à plus de vingt ans la durée nécessaire à la réalisation d’un tel ouvrage, 27 ans pour être exact. 27 ans en une nuit, je vous dis pas la scéne quand les autres moines sont venus chercher le moine condamné le lendemain matin : « bah, c’est toi Marcel ? » ou si il s'appelait José : « José, ó moine ! » (Chaussée aux moines, hum pardon). Voilà pourquoi le Codex Gigas est si précieux aux yeux des tchèques. Certaines personnes demandent son retour définitif en République Tchèque mais la Suède refuse au nom d’une convention internationale signée en 1918 disant qu’on ne restitue pas les trésors de guerre du millénaire passé. Depuis sa capture en 1648, le précieux manuscrit n’a quitté la Suède qu’à deux reprises : en 1970 pour être exposé à New-York et en 1999 à Berlin. Les scientifiques suédois parlent de ne plus jamais prêter le manuscrit et qu’il ne quitte plus la Suède. Mais je vous parie que si on aligne suffisamment de dollars, il ressortira. Une copie numérique a été réalisée afin qu’il soit manipulé le moins possible. Elle est disponible si vous cliquez ici, jetez y un œil car cela mérite d’être vu. La valeur inestimable de ce manuscrit explique la durée des négociations entre les deux gouvernements tchèque et suédois avant d’arriver à un accord. Il a été préféré une garantie d’Etat plutôt qu’une assurance commerciale pour la protection pécunière du livre. En outre, un important dispositif de sécurité a été mis en place pour assurer sa protection. Alors pour le dispositif de sécurité, il doit être super discret parce qu’il ne m’a pas sauté aux yeux, à part deux pauvres détecteurs de mouvements je n’ai pas vu grand-chose. Le Codex Gigas est exposé au milieu d’une piéce à la lumiére tamisée et où les photos et films sont strictement interdits. Cette pièce a été conçue comme un coffre-fort parait-il. Il est vrai que l’on entre d’abord dans une anti-chambre avant d’arriver dans la pièce à proprement parlé. Il n’y a qu’une fenêtre mais elle n’est pas assez grosse pour y passer le manuscrit (je crois, je ne me rappelle plus). Dans un caisson de verre sûrement blindé, le Codex Gigas est ouvert à sa page la plus célèbre : la feuille 290r, celle représentant le diable sur une figurine d’environ 50 cm de haut. Le manuscrit est la pièce maîtresse d’une exposition sur les manuscrits de l’époque médiévale. On y retrouve d’autres manuscrits de cette époque ainsi que des panneaux expliquant les techniques utilisées pour concevoir les manuscrits et la symbolique du Codex Gigas (en tchèque et en anglais). De même il y a un petit film mais là il faut comprendre le tchèque.
Mon sentiment sur cette exposition. Il faut aimer les livres, c’est mon cas donc ça va. Les panneaux sont un peu barbants à lire mais ça c’est partout pareil. Pendant que l’on regarde le gros manuscrit, il y a un petit commentaire mais uniquement en tchèque et c’est bien dommage. Au début le guide pose une question mais en tchèque, alors si c’est pour demander si il y a des étrangers qui voudraient le speech en anglais, il n’a rien compris à la vie le guide. De plus, la mise en scène manque un peu de spectacle, de piquant. Mais quand on sort de la galerie, on est ravi et on pourra frimer devant ses anciens profs de francais : « eh ben moi j’ai vu le plus gros livre du monde ! ».
Je résume les détails pratiques pour conclure cet article :
NB : Un grand merci à JS qui a attiré mon attention sur cette exposition depuis sa Géorgie. Publié à 15:56, le 19/11/2007, dans Découverte, Prague Mots clefs : Diable, Bible, Gigas, Codex { Page précédente } { Page 19 sur 37 } { Page suivante } |
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